Le gouvernement camerounais évalue à 577,51 milliards de FCFA les pertes fiscales liées à l'exportation non déclarée de 44,3 tonnes d'or entre 2021 et 2025. Cette estimation officielle, publiée le 23 juillet par le ministère des Mines, intervient deux mois après les premières alertes de la Société nationale des mines (Sonamines), dans un contexte de préparation d'une vaste opération de redressement fiscal ciblant les opérateurs de la filière. « Les mesures de redressement fiscal et douanier au Cameroun et à l'étranger visent à récupérer ces pertes fiscales que l'État a enregistrées du fait de cette contrebande », a indiqué le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, sur le réseau LinkedIn.
Pour étayer cette estimation, le ministère met en évidence un écart considérable entre les exportations d'or déclarées par les administrations camerounaises et les volumes enregistrés par les pays importateurs. Selon le tableau de synthèse, les exportations cumulées d'or du Cameroun vers l'étranger ont atteint 46,219 tonnes sur la période 2021-2025. Pourtant, les déclarations consolidées de la Douane et de la Sonamines ne totalisent que 1,897 tonne, dont 147 kilogrammes seulement ont été exportés par la voie légale déclarée auprès des services douaniers. Le ministère en déduit un volume de 44,322 tonnes d'or ayant échappé aux circuits officiels, soit une valeur marchande estimée à 1 941,19 milliards de FCFA.

Les écarts apparaissent année après année. En 2021, alors que les statistiques des pays de destination font état de 5,6 tonnes d'or importées depuis le Cameroun, seules 73 kilogrammes ont été déclarées à la Douane, soit une perte fiscale estimée à 52,81 milliards de FCFA. En 2022, l'écart atteint 4,77 tonnes, correspondant à un manque à gagner de 50,55 milliards de FCFA. La situation se dégrade nettement en 2023, avec 15,2 tonnes d'or recensées à l'étranger contre seulement 742 kilogrammes déclarés par la Douane et la Sonamines, soit 14,46 tonnes d'écart et 161,79 milliards de FCFA de pertes fiscales. En 2024, malgré 644 kilogrammes déclarés, le différentiel reste supérieur à 11,5 tonnes, pour une perte estimée à 159,15 milliards de FCFA. Enfin, en 2025, les pays importateurs ont enregistré 8,4 tonnes d'or en provenance du Cameroun, alors que les exportations déclarées par la Douane sont tombées à zéro, les déclarations consolidées avec la Sonamines ne représentant que 389 kilogrammes, ce qui se traduit par un manque à gagner évalué à 153,20 milliards de FCFA.
En réponse, l'État entend modifier son dispositif de collecte des taxes minières. « Pour prévenir cette situation au futur, la Direction générale des Impôts et la Direction générale des Douanes participeront désormais à la collecte dans les sites miniers aux côtés de la Sonamines, où les taxes sont prélevées à la source », précise le ministre. Cette évolution redéfinit, dans les faits, les modalités d'application du Code minier de 2023, qui confiait jusqu'ici cette mission opérationnelle principalement à la Sonamines.
Cette publication s'inscrit dans une stratégie plus large d'assainissement de la filière aurifère. Après l'ouverture d'une enquête ordonnée par la présidence de la République afin d'identifier les responsables de ces exportations non déclarées, une mission gouvernementale a conduit au démantèlement de plus de 200 sociétés illégales et à la fermeture de plusieurs sites d'exploitation dans les régions de l'Est, de l'Adamaoua et du Nord. Dans le prolongement de ces actions, le ministère des Mines prévoit de lancer dès le mois d'août une vaste opération de redressement fiscal visant une cinquantaine d'opérateurs, dont 33 disposent d'importantes unités de traitement de minerais. L'objectif affiché est de recouvrer 300 milliards de FCFA, dont 95 milliards au titre de l'exercice 2025.










