En République centrafricaine, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) a signé l'une des meilleures performances de l'année 2025. Selon le rapport sur la conjoncture économique publié par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), le chiffre d'affaires global du secteur a bondi de 19,2 %, passant de 8 524,3 millions de FCFA en 2024 à 10 163,3 millions de FCFA en 2025. Cette embellie s'explique essentiellement par « la poursuite des travaux d'aménagement de certaines avenues de Bangui et le début des travaux de construction du corridor 13 », indique la BEAC. Sur les sept sociétés suivies par la Banque centrale, Semence BTP affiche la plus forte progression, avec un chiffre d'affaires multiplié par près de 2,5 (+148,7 %), suivie par le Groupe GER (+11,9 %) et l'Office National du Matériel (ONM, +11,5 %), qui reste de loin le premier opérateur du secteur avec 5,46 milliards de FCFA de recettes.
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La BEAC recense au total six chantiers structurants à l'origine de cette dynamique, financés par trois types d'acteurs. Le corridor 13 est porté par la Banque africaine de développement, à hauteur d'environ 174,9 milliards de FCFA. La Banque mondiale a, de son côté, appuyé deux projets : la réhabilitation des pistes rurales de Paoua, dans le cadre du Projet de connectivité rurale (PCR), et l'aménagement de la route Pont Jackson - Croisement Oubangui - Kétté Nguéré, pour 1,233 milliard de FCFA. L'État centrafricain a enfin financé sur fonds propres trois chantiers : le bitumage de plusieurs avenues et rues de Bangui, l'aménagement de la section de route Mbaïki-Boda, ainsi que l'entretien périodique des pistes rurales de la préfecture de l'Ouham, pour environ 2,4 milliards de FCFA.
Ce dynamisme ne doit toutefois pas masquer les difficultés structurelles qui pèsent encore sur les entreprises du secteur. Le rapport de la BEAC en dénombre plusieurs : le coût élevé du carburant, les délestages électriques aux heures de pleine activité, les délais d'approvisionnement en matériaux de construction liés à l'enclavement du pays, les retards de règlement des factures par les bailleurs, la hausse des prix des matériels et équipements, ainsi que la vétusté des engins de production. Autant de contraintes qui grèvent la compétitivité des opérateurs, même dans un contexte de commande publique porteuse.
Si la Banque n'apporte pas plus de détails, on sait néanmoins que l'approvisionnement en carburant occupe une place à part parmi ces contraintes. Bangui a connu, au cours de l'année écoulée, plusieurs résurgences de pénuries, avec des files d'attente régulières dans les stations-service. Cela, en dépit d'un don russe de 30 000 tonnes de gasoil censé couvrir près de la moitié de la consommation annuelle du pays, et d'une baisse de 100 FCFA sur les prix du super et du gasoil à la pompe.
Le Fonds monétaire international (FMI) avait alors indiqué que le marché demeure structurellement sous tension, parce que l'État, qui détient le monopole des importations de carburant et reste fortement dépendant de celles-ci, continue de privilégier les acheminements routiers coûteux plutôt que la voie fluviale par l'Oubangui. Une préférence qui entraîne des marges élevées et une baisse des recettes fiscales par litre (-5,5 % en 2024), malgré la diminution des prix mondiaux.
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L'institution de Bretton Woods fait d'ailleurs pression sur les autorités centrafricaines pour la reprise des importations de produits pétroliers par voie fluviale, seule perspective, selon elle, capable de changer la donne. Pour l'heure, ces tensions pourraient concrètement se traduire par un renchérissement des coûts de production, voire par des arrêts de chantiers de BTP en cas de pénurie de carburant. La BEAC reste toutefois optimiste pour 2026 : « À court et moyen terme, les perspectives s'annoncent prometteuses », indique-t-elle, en lien notamment avec la poursuite des travaux du corridor 13 et la réalisation des infrastructures routières prévues dans le Plan National de Développement (PND) 2024-2028.














