La Société Camerounaise de Palmeraies (Socapalm) a acté la restitution à l’Etat, de 2 566 hectares de terres cultivables sur son site de Dibombari, dans la région du Littoral. Les travaux de délimitation et de densification des bornes menés sur le site par les responsables de la Socapalm en collaboration avec les autorités administratives et les représentants des communautés riveraines, ont été rendu publics le 21 janvier dernier, lors d’une réunion tripartite qui a rassemblé l'ensemble des parties prenantes. Ainsi, la concession de la Socapalm à Dibombari est passée de 11 210 hectares à 8 643 hectares, marquant la première restitution effective sur un processus en préparation depuis plusieurs années.
« Cette restitution volontaire des surfaces non exploitées constitue le point de départ d’un processus qui s’étendra progressivement à l’ensemble de nos plantations, et traduit la volonté affirmée de la Socapalm de travailler en toute transparence avec les pouvoirs publics et les communautés riveraines, afin de clarifier durablement une problématique foncière qui a, par le passé, été source d’incompréhensions et de tensions locales », a exprimé l’entreprise.
De fait, l’action de la filiale du groupe agroindustriel Socfin s’inscrit dans un processus volontaire et anticipé de clarification foncière, engagé depuis 2016 en collaboration avec l’État du Cameroun, notamment les services du cadastre et les autorités administratives compétentes, ainsi que les communautés riveraines. En plus de s’aligner au cadre réglementaire du bail emphytéotique signé entre l’Etat et la Socapalm dans les années 2000, (faisant de la société le locataire de l’Etat pour une longue période, Ndlr), cette opération de restitution permet également de mettre un terme à une contestation domaniale persistante.
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Un litige parmi plusieurs
En effet, les riverains de Dibombari dénonçaient déjà en 2017 l’occupation « abusive » des terres et le manque d’espace vitaux. Les populations reprochaient à l’exploitant, de s’être accaparé des aires propices à leurs activités de survie quotidienne, notamment l’agriculture de subsistance et les aires pastorales soutenant que les clauses du bail emphytéotique indiquent que le repreneur doit laisser 250 hectares autour des communautés, afin que celle-ci viennent distraire ces parcelles comme espace vital.
Ce différend s'inscrit dans une série de contentieux domaniaux récurrents impliquant la Socapalm au sein de la région du Littoral. Le 23 janvier dernier encore, des femmes de la communauté d’Apouh, dans la ville d’Edea, se sont constituées en collectif nommé « Association AFRISE » et ont manifesté, sur le site de Socapalm à Edea, revendiquant des espaces de cultures et s’opposant au programme de replanting annoncé précédemment. Une énième protestation depuis 2023, qui surgit régulièrement au moment où l’entreprise entend procéder au rajeunissement du verger sur des superficies déjà exploitées.
L’Etat, le vrai bailleur
La situation est similaire dans plusieurs villages du Littoral (Mbimbè, Ngog, etc.), où les conflits relatifs à l'exploitation abusive des terres persistent, exacerbant les relations entre l'entreprise et les communautés locales. Du côté de l’entreprise, il est souligné que les revendications liées à la question de l’espace vital devrait être orientées à qui de droit (l’Etat, nldr).
« La notion d’espace vital, telle qu’elle est parfois rapportée à la Socapalm par certaines communautés riveraines, peut en soi constituer une préoccupation légitime. La difficulté réside toutefois dans le choix du responsable désigné. Les communautés font le choix de tenir la Socapalm responsable de leur manque d’espace vital, alors même que celle-ci est une entreprise qui opère dans un cadre juridique clairement encadré, connu et opposable. […] le devoir régalien de l’État du Cameroun, propriétaire des terres, est également connu de tous… il me semble important de se poser les bonnes questions, afin d’éviter les raccourcis et d’éclairer objectivement le débat », nous a confié Rousselle Linoue, Directrice de la Communication de la Socapalm.
Toutefois, il faut noter que diverses enquêtes menées par des organisations de défense des droits humains, des médias internationaux et le cabinet Earthworm Foundation, ont corroboré les violations systémiques commises par les filiales de Socfin, s'articulant invariablement autour de l'épineuse problématique foncière. Ce à quoi, la holding luxembourgeoise indiquait, en juillet 2025, que sa filiale camerounaise, la Socapalm, a « diligenté plusieurs expertises techniques afin de consolider le bornage de ses sites et de définir avec une précision accrue les limites de ses exploitations […] lesdites analyses ont abouti à la restitution de milliers d’hectares au domaine de l’État, à qui il incombera d'organiser la rétrocession effective de ces terres aux communautés riveraines ».
Pour rappel, la Socapalm, a déjà délimité environ 20 000 hectares de terres à restituer à l’État du Cameroun (dont 414 ha à Edea), sur une superficie de plus de 78 000 hectares initialement louée, aux fins de rétrocession aux communautés.
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