elite_capital-15-09-2026
Breaking News
Chargement des breaking news...
App Logo
Magazine
    Bientôt disponible...
Je m'abonne
App Logo
MagazineJe m'abonne
Je m'abonne
Mines et énergiesEpremium

Gagan Gupta, Canyon, AFG Bank… comprendre en 5 points la bataille autour de la bauxite de Minim Martap

De l’offensive de l’Indien Gagan Gupta à la suspension des décaissements d’AFG Bank, cinq points pour comprendre ce qui se joue autour du gisement camerounais.​

Publiée mercredi 2 septembre 2026 à 17:56:01Modifiée mercredi 2 septembre 2026 à 17:56:03Temps de lecture 9 minPar Cedrick JIONGO

Martap
A l'extrême gauche, Éric Valéry Zoa, DG du groupe bancaire Ivoirien, à coté de lui, Aryann Gupta, Directeur exécutif de A2MP Investments FZCO suivi de Gaurav Gupta administrateur d’A2MP. Emmanuel Assiak et à l’extrême droite, Emmanuel Assiak, le direcxteur général du FEDA. Ce sont les acteurs clés du projet de bauxite de Minim-Martap

Contexte

Le projet de bauxite de Minim Martap est depuis plusieurs semaines au centre d’une bataille qui se joue à près de 12 000 kilomètres du Cameroun, en Australie, où est cotée Canyon Resources, détenteur du permis d’exploitation. Depuis le 29 juillet 2026, son actionnaire majoritaire A2MP Investments veut passer de 55,56 % à au moins 75 % du capital, en proposant de racheter les titres qu’il ne détient pas encore. Mais son prix, 0,05 dollar australien par action, a déclenché la fronde : il est inférieur de 42,5 % au cours de Canyon à la veille de l’offre et de 47 % à sa moyenne des trente séances précédentes. 
Derrière A2MP se trouve Eagle Eye Asset Holdings (EEA), véhicule singapourien qui en détient 97,3 %, lui-même rattaché au Growmax Trust dont l’homme d’affaires indien Gagan Gupta est le contrôleur ultime. Fondateur d’ARISE Group, qui développe plusieurs projets industriels en Afrique, Gupta se retrouve ainsi au cœur de la bataille pour l’un des principaux actifs miniers camerounais.

Lire aussi :Bauxite : la bataille pour le contrôle de Minim-Martap portée devant le gendarme boursier australien

En face, Canyon a organisé la résistance. Le 11 août, son conseil a créé un comité indépendant, présidé par Rory McGoldrick, qui appelle les minoritaires à rejeter l’offre. L’expert indépendant sollicité par Canyon l’a depuis jugée « ni équitable ni raisonnable ». Pendant ce temps, pas un kilogramme de bauxite commerciale n’a encore quitté l’Adamaoua. Canyon a abandonné son objectif d’une première expédition au quatrième trimestre 2026 et reporte désormais le démarrage à 2027. Seulement, pendant que les actionnaires se déchirent sur la valeur de l'action, pas un kilogramme de bauxite n’a encore quitté l’Adamaoua, comme initialement prévu. Canyon a retiré son objectif d’une première expédition au quatrième trimestre 2026 et repoussé à 2027, alors que les besoins de financement ont augmenté et que la principale ligne de crédit du projet s’est grippé : le 24 août, AFG Bank Cameroon a suspendu de nouveaux décaissements sur une facilité syndiquée de 82 milliards de FCFA, après environ 75 millions de dollars déjà tirés, le temps de réexaminer le calendrier et le modèle financier de Minim Martap. 

Pourquoi Gagan Gupta veut-il davantage de contrôle sur la bauxite de Minim Martap ?

Sur le papier, Minim Martap est un actif de grande classe. Le gisement compte 1,1 milliard de tonnes de ressources de bauxite, dont 144 millions de tonnes déjà classées en réserves, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et seulement 1,7 % de silice. La qualité du minerai constitue l’un de ses principaux atouts. ERM Australia Consultants, cabinet spécialisé mandaté pour réaliser l’expertise technique du projet dans le cadre de l’offre d’A2MP, considère sa principale zone minéralisée comme étant « parmi les gisements de bauxite de la meilleure qualité connus ». En cause : une forte teneur en alumine et de faibles concentrations en silice et en fer, des caractéristiques recherchées par les raffineries d’alumine. Une autre étude, réalisée par CM Group, estime d'ailleurs que la bauxite de Minim Martap pourrait bénéficier d’une prime de 16 % à 17 % par rapport à la bauxite de référence utilisée sur le marché. 

Lire aussi :Bauxite : l'actionnaire majoritaire de Minim Martap veut revoir à la baisse les ambitions du projet

Pourtant, A2MP estime que Minim Martap est prometteur, mais de plus en plus coûteux à développer. Les investissements, estimés à 446 millions de dollars dans l’étude de faisabilité de septembre 2025, sont désormais évalués à environ 494 millions. À cela pourraient s’ajouter 82 millions de dollars de travaux ferroviaires en 2027. Le passage à une capacité de 10 millions de tonnes par an nécessiterait surtout plus de 300 millions de dollars de financements supplémentaires. Le renchérissement du fret ajoute une autre contrainte, avec un coût pouvant atteindre 35,6 dollars la tonne au démarrage. A2MP estime que ces nouvelles hypothèses augmentent les risques du projet. Dans un document envoyé le 2 septembre aux actionnaires, A2MP dit être prêt à engager « du temps, des capitaux et une prise de risque considérables » et estime devoir, en contrepartie, bénéficier davantage de la valeur future du projet.

A2MP compte aussi dans son capital FEDA, le bras d’investissement d’Afreximbank, qui détient 2,7 % du groupe et a souscrit 275 millions de dollars de titres convertibles pouvant porter sa participation jusqu’à 19,9 %.

Pourquoi les actionnaires minoritaires refusent-ils de vendre ?

Parce qu’ils estiment que les difficultés actuelles de Minim Martap ne justifient pas de céder son potentiel à prix cassé. A2MP offre 0,05 dollar australien par action, soit 42,5 % sous le cours de Canyon à la veille de l’annonce. À ce prix, l’ensemble de Canyon est valorisé autour de 103 millions de dollars australiens. Pour eux, c’est trop peu pour une société qui contrôle un projet doté de 1,1 milliard de tonnes de ressources, de 144 millions de tonnes de réserves, d’un permis minier et d’investissements déjà engagés dans ses infrastructures ferroviaires et portuaires. L’expertise commandée dans le cadre de l’offre conforte cette position. BDO Corporate Finance Australia conclut que les 0,05 dollar proposés par A2MP ne sont « ni équitables ni raisonnables ». L’expert valorise l’action Canyon entre 0,14 et 0,446 dollar australien, avec une estimation centrale de 0,32 dollar. Autrement dit, même le bas de sa fourchette représente près de trois fois le prix offert.

Lire aussi :Cameroun : après la crise des actionnaires, le projet Minim Martap se heurte au blocage foncier

Mais cette conclusion comporte une nuance importante. Canyon n’a pas aujourd’hui les moyens de transformer tout son minerai en production. ERM, le cabinet minier sollicité par BDO pour expertiser techniquement le projet, chiffre à plus de 300 millions de dollars le financement encore nécessaire pour réaliser le scénario complet de montée à 10 millions de tonnes par an. C’est là que se joue la bataille de valorisation. BDO considère que les centaines de millions de tonnes qui ne peuvent pas encore être exploitées ont malgré tout une valeur. A2MP rétorque qu’une partie importante de cette valeur repose précisément sur des ressources dont l’exploitation future reste incertaine. Dans son document du 2 septembre, le groupe critique ainsi une valorisation accordant, selon lui, trop de poids à des « ressources résiduelles » qui pourraient « ne jamais être extraites ». 

Pourquoi AFG Bank a-t-elle fermé le robinet ?

Le 26 mai 2025, Camalco, la avait obtenu auprès d’AFG Bank Cameroon et d’autres établissements un crédit syndiqué de 82 milliards de FCFA, environ 140 millions de dollars, destiné principalement aux locomotives, wagons et infrastructures nécessaires pour acheminer la bauxite de l’Adamaoua au port de Douala. 

Lire aussi :Bauxite : les travaux d’exploration relancés à Minim-Martap et Ngaoundal

Mais le 24 août 2026, la filiale locale du groupe bancaire Ivoirien a suspendu les nouveaux décaissements. Environ 75 millions de dollars avaient déjà été tirés sur la facilité. Avant de débloquer davantage d’argent, les prêteurs veulent réexaminer le calendrier de développement, le modèle financier et ses principales hypothèses, et effectuer une visite du site. Aucun défaut de paiement n’a toutefois été déclaré mais la banque estime que plus le démarrage recule, plus les revenus attendus pour rembourser les prêteurs deviennent incertains. Le crédit est notamment adossé à des sûretés sur des actifs du projet et à des garanties de Canyon et d’A2MP. En gros, AFG demande à Canyon de lui démontrer, chiffres à l’appui, que le nouveau calendrier du projet permettra toujours de rembourser les sommes prêtées.

Quel avenir désormais pour Minim Martap ?

La bataille autour de Canyon ne signifie pas que Minim Martap est abandonné. Les infrastructures continuent d’avancer et des locomotives sont déjà arrivées au Cameroun. Mais le calendrier initial a volé en éclats. La première inconnue est désormais de savoir qui contrôlera le projet. A2MP détient environ 56,56 % de Canyon et veut franchir au minimum 75 %. À partir de 90 %, son intention déclarée est de procéder au rachat obligatoire des actions restantes, de retirer Canyon de la Bourse australienne et de réexaminer elle-même le développement et l’économie de Minim Martap. Autrement dit, la bataille actuelle peut déboucher sur un changement profond de la gouvernance du principal actif bauxite du Cameroun.

Une perspective qui fait réagir Bareja Youmssi, expert minier camerounais. Il estime que Yaoundé, qui détient 10 % d’intérêt dans le projet, ne devrait pas rester spectateur de l'opération. « Je conseille au Cameroun d’utiliser son droit de préemption, à travers la Sonamines, pour racheter les actions de Canyon Resources qu’A2MP veut acquérir à 0,05 dollar australien par action », affirme-t-il. Reste surtout l’argent. Quel que soit le propriétaire de Canyon, Minim Martap ne produira pas à grande échelle sans nouveaux capitaux.

Lire aussi :Bauxite de Minim-Martap : Canyon Resources augmente son capital de 36% pour accélérer l’exploitation

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement Premium ou EcoMembre.

Contactez le service client
  • Accueil
  • Mines et énergies
  • Gagan Gupta, Canyon, AFG Bank… comprendre en 5 points la bataille autour de la bauxite de Minim Martap
CamerounCanyon ResourcesMinim MartapGagan GuptaAFG BankCanyon
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

EpremiumWhatsApp Image 2026-10-16 at 13.31.26Mines et énergiesGuinée équatoriale : TotalEnergies et Tradex écopent de 1,5 milliard FCFA d’amendesTotalEnergies devra payer 1 milliard de FCFA et le camerounais Tradex 500 millions après de nouveaux dysfonctionnements dans l’approvisionnement de la Guinée équatoriale. il y a 13 heuresAbekeMines et énergiesGabon : Marcel Abéké, ex-ministre du Pétrole, devient président du conseil de ComilogIl devra concilier la volonté de Libreville de transformer le manganèse sur place et les exigences de rentabilité d'un groupe français affaibli par la baisse des prix.il y a 15 heuresEpremium626007006_1211038834565470_4035599427339281051_nMines et énergiesGuinée équatoriale : TotalEnergies, Gepetrol et Tradex promettent 46 000 tonnes de carburants pour enrayer les pénuriesAprès deux épisodes de tensions sur le marché en 2026, le gouvernement équato-guinéen exige une meilleure anticipation des approvisionnements.il y a 1 jourEpremiumbw energyMines et énergiesGabon : environ 9 millions de barils de pétrole supplémentaires découverts sur le champ HibiscusCes résultats pourraient soutenir une nouvelle phase de croissance de la production offshore gabonaise dès 2027.il y a 1 jourEpremiumAlbert Roger BoumMines et énergiesCongo : le Camerounais Albert Roger Boum prend les commandes de Puma EnergySous la houlette du Camerounais Albert Roger Boum, ancien cadre de Total, la filiale congolaise de PUMA Energy, adossée au négociant Trafigura, doit défendre ses quelque 30 % du marché des produits pétroliers face à TotalEnergies.il y a 2 joursEpremiumUn employé de PerencoMines et énergiesPétrole : au Congo, Perenco coupe le cordon avec Eni sur le champ de FoukandaDeux ans après avoir repris le champ pétrolier de Foukanda à Eni, Perenco s'affranchit des infrastructures du groupe italien.il y a 3 jours

Articles similaires

WhatsApp Image 2026-10-16 at 2.12.43 PMConjonctureFilière crevette : après cinq années d'appui, PLACRECAM prend le relais de la FAOAu terme de cinq années d’intervention, le programme FISH4ACP laisse des acquis en matière de connaissance de la ressource, de qualité sanitaire et d’organisation des acteurs. La PLACRECAM, devenue une interprofession, est appelée à prendre le relais pour poursuivre la stratégie de développement de la filière à l’horizon 2032. il y a 12 heuresSylvestre NgouchingheBusiness et EntreprisesCameroun : Congelcam alerte sur un risque de pénurie de poisson dès fin novembreLe géant camerounais de l'importation de poisson redoute des tensions sur l'approvisionnement du marché à l'approche des fêtes de fin d'année. En cause, une réduction de ses autorisations d'importation, alors que l'entreprise assure près des trois quarts des volumes importés dans le pays.il y a 1 jourWhatsApp Image 2026-10-14 at 16.43.19ConjonctureCameroun : Solar Connect Africa veut attirer les investisseurs dans le solaire et le stockage d’énergiePour sa deuxième édition, le rendez-vous consacré au solaire et au stockage d'énergie change de dimension. Les organisateurs annoncent trois jours de rencontres d'affaires, avec une place accrue accordée aux financements et aux nouvelles technologies.​il y a 2 joursStart-Up 237 finConjonctureStart-Up 237 : la France mobilise 2 millions d'euros pour soutenir 100 projets entrepreneuriaux au CamerounLancé en 2023, Start-up 237 a financé des équipements, du mentorat et des formations pour soutenir l'entrepreneuriat camerounais. Selon l'ambassadeur de France, les 100 entreprises accompagnées étaient encore actives à la clôture du programme.il y a 2 joursinflationConjonctureCEMAC : la BEAC redoute un retour de l'inflation au-dessus de 3 %Les tensions sur le transport maritime et le coût des importations figurent parmi les principaux facteurs de risque.il y a 2 joursRoutes-CamerounPolitiques PubliquesLe Cameroun obtient un prêt 139,2 milliards FCFA de la BID pour réhabiliter la route Douala - BafoussamAprès deux années de négociation, le Cameroun vient d’obtenir un financement de la Banque islamique de développement pour améliorer la circulation entre le Littoral à l’Ouest du pays. il y a 3 jours
Actuellement en kiosque

Les plus lus

1Hydroélectricité : la BAD et la BDEAC s'engagent dans le projet Minkouma, estimé à 584 milliards FCFAil y a 3 jours2Cameroun : les grandes multinationales bientôt obligées d'ouvrir 20 % de leur capital à la BVMAC ?il y a 3 jours3Remaniement ministériel au Gabon : les sortants, les promus et les rescapés d'Oligui Nguemail y a 5 jours4Afriland, CCA, BGFIBank… : quelles banques ont réalisé les plus gros bénéfices au Cameroun en 2025 ?il y a 13 heures5Carburants : pourquoi la BEAC pousse les pays de la CEMAC vers la raffinerie Dangoteil y a 3 jours6Gabon : qui est Olivier Mouckocko, l'ancien cadre d'Eramet nommé ministre de l'Eau et de l'Énergie ?il y a 4 jours7Le Congo retire leur agrément à 22 courtiers d’assurancesil y a 1 jour8Cameroun : Congelcam alerte sur un risque de pénurie de poisson dès fin novembreil y a 1 jour9Congo : Charles-Henri Descalzi débauche chez L’Archer pour lancer Titan Capitalil y a 4 jours10​Boissons du Cameroun lance MBOA, une bière blonde au gingembre à 500 FCFAil y a 6 jours
📧

Newsletter EcoMatin

Recevez notre briefing économique quotidien directement dans votre boîte mail

Analyses exclusives • Décisions économiques • Afrique centrale

App Logo
Je m'abonne
MarchéCotationBoursesFondsMatières premièresConvertisseur
AbonnementsMon compteMes abonnementsNewslettersArticles achetés
ServicesConditions généralesPolitique de confidentialitéPolitique en matière de cookiesContact & Suggestions
La rédactionQui sommes-nous?Nous rejoindreNotre équipeLettre du DP
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.